Carnets de Mathilde Scaillierez : Mathilde habitait Douai rue du Canteleu, elle est née le 16 janvier 1897 à Dulieu. C’est une adolescente qui décide de tenir un journal intime relatant… Lire la suite »

                                                 Carnets de Mathilde Scaillierez :

Mathilde habitait Douai rue du Canteleu, elle est née le 16 janvier 1897 à Dulieu. C’est une adolescente qui décide de tenir un journal intime relatant son quotidien durant la Première Guerre Mondiale. Ceci n’étant pas autorisé, elle risque 15 000 marks d’amende et 4 ans de prison si les Allemands le découvrent.

 

«  Dimanche 18 juin 1916 .  Une jeune fille de 21 ans, Joséphine Hérin, a été assassinée. On suppose que c’est par des Allemands car elle était étranglée avec une ceinture de Boche. Elle a subi les plus affreuses violences qu’on puisse imaginer. Elle était institutrice à Férin, c’est en partant le matin à son travail qu’elle a été tuée. On l’a retrouvée à 9 h du soir dans la cave d’une maison abandonnée qui se trouve sur la route. C’est plus que probable que c’est par des Boches, mais on n’ose le crier trop haut : une personne a été arrêtée ce matin pour l’avoir raconté à une autre. Quelle affreuse chose tout de même… et jeune… mourir de cette manière ! »

 

« Quelle triste mort, à 20 ans »
«  Lundi 19 juin 1916. L’assassin de Joséphine Hérin a été trouvé : c’est un sous-officier boche (il fallait s’en douter) ; il a été découvert par un chien policier, grâce au ceinturon qui entourait le cou de la jeune fille, ainsi que le mouchoir qui était dans sa bouche. En deux minutes, le chien a sauté sur le sous-officier. On a dit qu’il était avec un autre soldat et qu’ils allaient être fusillés demain. On ne trouve pas de mots pour exprimer le dégoût qu’on ressent, la haine aussi pour des actes aussi sauvages ! Il faut être bête et pas homme pour faire de telles choses. les cheveux de cette pauvre jeune fille sont devenus blancs… Elle avait dans les ongles de la chair de son bourreau… Quelle triste mort, à 20 ans… À côté de cela, je trouve que mourir sur le champ de bataille n’est rien… Quand j’y pense je frémis, et ces choses-là ne sont pas faites pour rassurer… »
«  Mardi 20 juin. L’enterrement de Joséphine Hérin a eu lieu ce matin. Une foule énorme se pressait derrière le corbillard, prouvant ainsi que toute la population douaisienne prenait part au chagrin de la famille. Au cimetière, la mère de Joséphine s’est trouvée mal. Des quantités de Boches en civil, et des militaires mêlés à la foule, écoutaient ce qui se disait… Il y avait des fleurs en quantité. »
« Il paraît que l’officier allemand qui a fait l’autopsie de la jeune fille avait les larmes aux yeux en disant : est-il possible d’arranger ainsi une jeune fille. Elle avait même une hanche cassée… C’est une chose qu’on n’est pas près d’oublier, on en reparlera encore longtemps, qui s’ajoute aux horreurs qu’ils ont déjà commises. »

 

« 1 000 marks de récompense à celui qui retrouvera l’assassin »

 

«  Mercredi 21, jeudi 22 juin. Affiches nouvelles concernant l’assassinat de Melle Hérin : 1 000 marks de récompense à celui qui retrouvera l’assassin… Et je le croyais découvert…

« C’est bien digne d’eux cela. Comment les Douaisiens peuvent-ils le rechercher sans quitter Douai ? Autrement dit, ils se tiennent tous. » extrait de la Voix du Nord publiée le 22 juillet 2016

                   Ce témoignage met en lumière un fait divers dans une ville occupée.
Dans ce journal intime, Mathilde exprime son sentiment et ses doutes sur l’impartialité des enquêteurs allemands. Même si officiellement, on recherche l’assassin, celui ci étant pour elle obligatoirement allemand, l’enquête n’aboutira pas.