Dans cette article nous allons lister quelques lettres de poilus datant de l’année 1916. 1. Première lettre: Verdun,15 juillet 1916,4heures,soir Le capitaine adjudant-major Georges Gallois était un inspecteur de la police parisienne avant la guerre. Il avait 29 ans en 1914. Mobilisé au 221e régiment d’infanterie, il ne retrouva son épouse et sa fille née… Lire la suite »

Dans cette article nous allons lister quelques lettres de poilus datant de l’année 1916.

1. Première lettre:

Verdun,15 juillet 1916,4heures,soir

Le capitaine adjudant-major Georges Gallois était un inspecteur de la police parisienne avant la guerre. Il avait 29 ans en 1914. Mobilisé au 221e régiment d’infanterie, il ne retrouva son épouse et sa fille née en février 1914 qu’à l’âge de  de 33 ans. Il survivra à la guerre mais sera tué le 25 juin 1944 lors du mitraillage d’un train par des avions alliés, en Seine-et-Marne.

Mes chers parents,

Je suis encore vivant et en bonne santé, pas même blessé alors que tous mes camarades sont tombés morts, ou blessés aux mains des Boches qui nous ont fait souffrir les mille horreurs, liquides enflammés, gaz lacrymogènes – gaz suffocants- asphyxiants, attaques…

Ah! Grand Dieu, ici seulement c’est la guerre. Je suis redescendu de première ligne ce matin. Je ne suis qu’un bloc de boue et j’ai dû faire racler mes vêtements avec un couteau car je ne pouvais plus me traîner, la boue collant mes pans de capote après mes jambes… J’ai eu soif… pas faim… J’ai connu l’horreur de l’attente de la mort sous un tire de barrage inouï… Je tombe de fatigue… Je vais me coucher, au repos dans un village à l’arrière ou cela cogne cependant, voilà dix nuits que je passe en première ligne.

Demain les autos emmènent le reste de mon régiment pour le reformer à l’arrière, je ne sais encore où. J’ai reçu à mon retour ici vos lettres et le colis. J’ai compris la combinaison proposée par le Cheu. Merci. J’ai sommeil, je suis plein de poux , je pue la charogne des macchabées. Je vous écrirai dès que je vais pouvoir. Soyez donc tranquilles. J’espère que le gros coup pour nous a été donné. Bonne santé , et je vous embrasse affectueusement. Georges.

Ne m’envoyez plus de colis.

verdun

 


 

2. Deuxième lettre:

31 Mars 1916

Emile Sautour était originaire de Juillac en Corrèze. Il appartenait au 131e RI et a été tué sur le front le 10 octobre 1916.

Mes bons chers parents, ma bonne petite sœur. Il me devient de plus en plus difficile de vous écrire. Il ne me reste pas un moment de libre. Nuit et jour il faut être au travail ou au créneau. De repos jamais. Le temps de manger aux heures de la soupe et le repos terminé il faut reprendre son ouvrage ou sa garde. Songez que sur 24 heures je dors 3 heures, et encore elles ne se suivent pas toujours. Tout mes camarades éprouvent les mêmes souffrances. Le sommeil pèse sur nos paupières lorsqu’il faut rester six heures debout au créneau avant d’être relevé. Il n’y a pas assez d’hommes mais ceux des dépôts peuvent être appelés et venir remplacer les évacués ou les disparus. Un renfort de vingt hommes par bataillon arrive , trente sont évacués. Il n’y a pas de discipline militaire, c’est le bagne , c’est l’esclavage !… Les officiers ne sont point familiers, ce ne sont point ceux du début. Jeunes , il veulent un grade toujours de plus en plus élevé. il doivent se faire remarquer par un acte de courage ou par leur façon d’organiser défensivement un secteur, qui paie cela le soldat. La plupart n’ont aucune initiative. Ils commandent sans se rendre compte des difficultés de la tâche, ou de la corvée à remplir. En ce moment nous faisons un effort surhumain. Il nous sera impossible de tenir longtemps , le souffle se perd. Je ne veux pas trop m’étendre sur les faits que vous ne voudriez pas croire tout en étant bien véridiques, mais je vous dirai que c’est honteux de mener des hommes de la sorte , de les considérer comme des bêtes.

Moindre faute , moindre défaillance, faute contre la discipline 8 jours de prison, par le commandant de la compagnie, porté par le Colonel. Le soldat les fait. Au repos il est exempt de vin et de viande. Nous sommes mal nourris , seul le pain est bon. Sans colis, que deviendrions-nous ? La nuit que j’ai regagné le secteur actuel, nos officiers nous ont perdus. Nous avons marché trois heures sous bois pour gagner le point de départ. La pluie et la neige tombaient. Il a fallu regagner le temps perdu et par la route nous avons monté en ligne. Mais le danger est grand pour faire passe un bataillon sur une route si bien repérée. Nous avons été marmités mais pas de pertes. Nous avons parcouru quatorze kilomètres en deux pauses. En ce moment c’est beaucoup trop pour des hommes vannés et par un temps minable.

J’ai voulu vous montrer que ceux qui vous diront que le soldat n’est pas malheureux au front , qu’un tel a de la chance d’être valide encore, mériteraient qu’on ne les fréquente plus. Qu’ils viennent donc entendre seulement le canon au-dessus de leur têtes, je suis persuadé qu’ils regagnent leur chez-soi au plus vite. Nos misères empirent de jour en jours, je les vaincrai jusqu’au bout. A bientôt la victoire, à bientôt le baiser du retour. Émile

soldat


3. Troisième lettre:

                                                                               le 6 août 1916

Aujourd’hui, dimanche, repos complet; messe militaire à 9 heures dans l’église de Cérisy, j’y suis allé. Tu dois te penser, ma chère Corine ; moi qui n’allais pas souvent à la messe avant la guerre, maintenant j’y vais toutes les fois que j’ai l’occasion. Tu vas être obligée de croire que je suis redevenu chrétien. Eh bien, entre les deux, je veux qu’il n’y ait rien de caché, je veux te faire savoir tout ce que je pense et tout ce que je fais .
Je vais à la messe parce que le danger m’a effrayé, et m’a fait réfléchir à des choses auxquelles je ne voulais guère penser avant la guerre.

Lorsque j’étais avec toi, j’étais pris par mon travail, et je voulais en même temps me passer quelque plaisir, et je ne réfléchissais guère à ce qui devait m’attendre ici. Je ne pensais qu’au présent. Mais lorsque je me suis vu privé de tous les plaisirs, quand les obus et les balles m’ont mis devant la mort, et c’est aussi en prenant les longues heures de garde au créneau que j’ai eu le temps de réfléchir, et maintenant j’ai pris au sérieux ces croyances avec lesquelles j’ai discuté si souvent avec les camarades. Voilà comment ça se passe et que l’on dise ce qu’on voudra, je sais que tu seras de mon avis.

Paul Heng était licencié en philosophie. Sous-lieutenant au 178e régiment d’artillerie, il écrivait tous les jours à sa jeune fiancée Christiane qui partageait son amour de la philosophie et allait avoir dix-huit ans. Paul Heng sortit indemne de la guerre. Commun million de Français, il fut tué par la grippe espagnole en février 1919.

soldat bataille verdun


 4. Quatrième lettre

25 août 1916

De tout cela, quand je réfléchis, je constate que le patriotisme du début, emballé, national, a fait place dans le monde militaire à un patriotisme d’intérêt… Pauvre officier de troupe, fais-toi crever la paillasse… Sois tranquille, ces Messieurs de l’État-Major auront des citations! Cela, je m’en foutrais si avec cette façon d’agir, les événements de la guerre ne se prolongeaient pas… Maintenant on envisage la campagne d’hiver, l’usure allemande ne pouvant survenir qu’après cette époque… Qu’importe au monde militaire que la guerre dure un peu plus ou un peu moins… Ces Messieurs ont des abris solides, sont à l’arrière dans des pays… et le pauvre poilu, le pauvre << officier de troupe>>, comme ils disent, eux ils sont là pour se faire casser la g…, vivre dans des trous infects… avoir toutes les responsabilités.

Ah! jamais je ne le répéterai assez, nos poilus sont des braves, ils peuvent tous être des héros s’ils sont conduits par des officiers qui font leur devoir, des officiers qui connaissent leur vie, qui ne se cachent pas quand les obus tombent et qui osent au contraire montrer qu’ils peuvent en imposer à l’ennemi. Et pour cela, il faudrait qu’à quelque service qu’ils appartiennent, les officiers délaissent les criminelles questions d’avancement de l’heure actuelle, ne voient que leur devoir à remplir et que consciencieusement ils le remplissent. Hélas!!

George GALLOIS

etat major


5. Cinquième lettre

Le 26 mai 1916

De la façon qu’il a été tué, il faut réellement croire que c’est une destinée. L’obus tomba peut-être à 100 mètres loin de nous deux, un petit éclat à peine gros comme un grain de maïs vint le frapper au front; le sang jaillit aussitôt, j’étais embarrassé de lui arrêter. Il eut la force de me dire << arrête-moi le sang et tu écriras à ma femme que je suis gravement blessé>>; ce fut ses dernières paroles et il donna en même temps son dernier soupir.

Joseph GILLES

bombardement