Durant la Première Guerre Mondiale, environs 8 millions de soldats sont fait prisonniers. Une multitude de camps se construisent notamment en Allemagne:  on compte 320 camps de détention sur le territoire du Reich. Dans ces camps, on trouve différentes nationalités : Français, Russes, Belges, Anglais, Serbes, Roumains, Italiens, Portugais, Japonais, Américains, Monténégrins, Grecs et Brésiliens. Ces… Lire la suite »

Durant la Première Guerre Mondiale, environs 8 millions de soldats sont fait prisonniers. Une multitude de camps se construisent notamment en Allemagne:  on compte 320 camps de détention sur le territoire du Reich. Dans ces camps, on trouve différentes nationalités : Français, Russes, Belges, Anglais, Serbes, Roumains, Italiens, Portugais, Japonais, Américains, Monténégrins, Grecs et Brésiliens. Ces camps sont de très nombreuses fois représentés, photographiés, et constituent « une arme » face à l’opinion public.

 

Ici , nous avons une carte répertoriant  les 175 camps principaux en Allemagne (1914-1918)

Ici , nous avons une carte répertoriant
les 175 camps principaux en Allemagne (1914-1918)

De nos jours encore, il reste difficile d’établir le nombre de soldats qui sont morts en captivité.  L’agence de statistique allemande de l’après-guerre annonce un taux de perte de 2 à 3% pour les prisonniers français, britanniques et belges. Ce taux s’élève par contre à 5 ou 6% pour les prisonniers russes et atteint même 30% pour les prisonniers de guerre roumains en Allemagne.

Le très grand nombre de soldats et de familles touchés par le phénomène, ont fait de la captivité un thème majeur et de portée internationale. En effet les annonces d’atrocité et de tortures ont augmenté pendant la guerre pour devenir dans les médias des images stéréotypées. Ainsi, journalistes et publicistes britanniques et français collectent tous les documents, même douteux, attestant des pratiques répressives dans les camps allemands de prisonniers. Les lecteurs français s’émeuvent particulièrement d’images montrant des soldats attachés au pilori: »le poteau »; il représente le martyr moderne, symbolisant la cruauté allemande. Les publicistes allemands contrent ces attaques en évoquant des scènes sauvages où les soldats coloniaux, dans les camps d’Afrique du Nord, torturent de manière barbare. Chaque brutalité à l’encontre de soldats désarmés, chaque forme d’atteinte aux prisonniers mise en œuvre par l’ennemi est bonne à être représentée. De tous côtés, les imaginations en matière de violences ne connaissent plus de fin.

 

 

Ces représentations de la guerre,  ont eu des conséquences sur les traitements des prisonniers. Elles entraînent pendant toute la durée de la guerre une importante quantité de représailles. Cette situation empêche grandement l’intervention humanitaire dans les camps, en faveur des prisonniers. Les pays neutres faisant office de « puissances protectrices » pour les prisonniers ( par exemple l’Espagne, les États-Unis jusqu’en 1917, les Pays-Bas et la Suisse) ne peuvent que rarement empêcher les mesures punitives prises au niveau collectif. Celles-ci vont de la suppression ou de la diminution temporaire du courrier ou de nourriture jusqu’à la construction de « camps de représailles ». Les diplomates neutres, comme la Croix Rouge internationale, peuvent tout de même désamorcer certains conflits. Grâce à eux on observe une plus large diffusion d’informations et de nouvelles sur les prisonniers de guerre mais  surtout, à partir de 1915, des visites des camps par des personnels des ambassades des pays neutres ou de la Croix Rouge. Toutefois ces visites sont strictement réglementées, et les autorités militaires allemandes refusent systématiquement l’accès aux camps de la zone du front.

Ainsi même les accords internationaux de l’avant guerre ne peuvent éviter les conditions de captivités. Les conventions successives de La Haye de 1899 et 1907 fondent des principes d’humanité international pour le traitement des prisonniers, qu’ils soient traités , sur le plan matériel et sur celui des droits militaires , de la même manière que les soldats de sa propre armée. Mais l’absence d’instance à prendre des sanctions et  la radicalisation de la guerre sur le plan économique  aggravent le statut de prisonniers de guerre. En principe, selon les conventions de La Haye, les prisonniers ne doivent pas être employés à des taches en rapport direct avec « les opérations de guerre ». Mais cela est constamment transgressé, il est prouvé que l’armée allemande emploie des prisonniers de guerre jusque dans les zones directement exposées au feu sans même que ce soient des représailles. Les prisonniers sont tout simplement une main d’œuvre « gratuite » et sont employés à la construction de position sur le front tout en restant sous-alimentés.

Leur utilisation sur le front est un signe probant de leur changement de statut dans la guerre moderne et au XXème siècle.

 

 

Tri du courrier des français par les allemands dans le camp de Darmstadt. La censure est totale.

Tri du courrier des français par les allemands dans le camp de Darmstadt. La censure est totale.

La longue durée de captivité des prisonniers non exposés au front provoque une coupure durable et totale entre les prisonniers et leur famille ou leur environnement. Le système postal des prisonniers est strictement réglementé (censuré) et il ne constituait qu’une piètre compensation. Dans toutes les langues, les soldats inventent de nouveaux concepts pour nommer les conséquences psychologique,  pour les français, c’était le « cafard », pour les britanniques la  » barbed wire disease « , pour les allemands « Stacheldrahtkrankheit » (maladie du barbelé). 

 

 

 

 

 

Camp d'Heuberg en Allemagne, prisonniers improvisant un théâtre.

Camp d’Heuberg en Allemagne, prisonniers improvisant un théâtre.

La vie de prisonnier se caractérise également par l’intégration d’une véritable « culture de camp ». Elle permet de construire une forme d’identité personnelle dans la société des camps. Les bibliothèques de camp ou les aménagements religieux,  résultant souvent de dons issus d’organisation d’aide aux prisonniers, complètent les manifestations éducatives, culturelles et sportives organisées par les prisonniers eux même. Le football, l’athlétisme, la boxe sont des sports appréciés de toutes les nationalités, des tournois internationaux sont même organisés.Des expositions artistiques, des concerts, des représentations théâtrales, des journaux de camps, enrichissent cette culture des camps. Les profits réalisés sont en général consacrés aux plus démunis. Le jardinage est une activité très répandue dans la plupart des camps.

 

 

 

 

Camp de Frankfurt en Allemagne, prisonniers français faisant du jardinage.

Camp de Frankfurt en Allemagne, prisonniers français faisant du jardinage.

Camp de Frankfurt en Allemagne, prisonniers français faisant du jardinage.

Camp de Frankfurt en Allemagne, prisonniers français faisant du jardinage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La lessive dans les camps, Limburg.

La lessive dans les camps, Limburg.

Les dommages psychiques causés par la captivité sont les même pour les soldats de tous les pays, mais la situation matérielle varie selon les nationalités. Ainsi dans tous les pays, il faut attendre le début de la guerre pour voir apparaître une administration des camps pour régler l’organisation du logement et de l’alimentation des prisonniers. Les conditions de vie des camps français et britanniques sont meilleures que par exemple en Russie ou en Allemagne. En effet l’alimentation des prisonniers chez les britanniques et les français est au niveau des exigences formulées dans les convention de La Haye: les prisonniers sont nourris et soignés comme les soldats du pays. En Russie les prisonniers de guerre ont à souffrir les conditions de logement et du manque d’installations médicales, ils sont coupés de toute aide internationale et de nombreux soldats sont transférés en Sibérie.

 

 

 

Distribution du repas dans le camp de Darmstadt.

Distribution du repas dans le camp de Darmstadt.

Buanderie, Limburg.

Buanderie, Limburg.

 

 

 

 

 

 

 

Menu du repas de la semaine dans le camp de Holzminden.

Menu du repas de la semaine dans le camp de Holzmin

Douche dans un camp, Limburg.

Douche dans un camp, Limburg.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vue d'une baraque et des lits qui la compose, Ludwigsburg.

Vue d’une baraque et des lits qui la compose, Ludwigsburg.

 

En 1915,  plus de 600 000 prisonnierssont parqués à l’étroit dans des baraques et des tentes insuffisamment pourvues d’installations sanitaires. Des épidémies consécutives à ces conditions d’internement se déclare et plus de 4000 y périssent.La pénurie alimentaire qui touche l’Allemagne des 1915 frappe également les prisonniers. De plus l’administration militaire alliée ne calque pas l’alimentation des prisonniers sur celle des soldats mais plutôt sur celle des civils allemands. Ainsi émerge dans les camps une véritable société de pénurie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Charles de Gaulle à droite de l'image.

Charles de Gaulle à droite de l’image.

 

Un prisonnier très célèbre, le général sauveur de la France durant la seconde guerre mondiale, Charles de Gaulle. A l’entrée de la guerre, Charles de Gaulle était lieutenant il se bat sur le front du Nord-Est et sera blessé une première fois puis une seconde fois blessé et enfin une troisième fois lors de la bataille de Verdun où il sera laissé pour mort puis fait prisonniers par les allemands.Il  tentera 5 fois de s’enfuir des différents camps où il sera enfermé, mais toujours un échec. Ce n’est qu’à l’armistice, après 32 mois de captivité, qu’il sera libéré. Ses compagnons de captivité sont notamment le commandant Catroux le journaliste Rémy Roure et  Thoukhatchevski, futur maréchal de l’armée rouge. Durant sa captivité, il approfondira sa connaissance de l’Allemagne en lisant des auteurs allemands

 

 

 

 

 

 

C’est bien le processus de gestion économique des hommes en temps de guerre qui doit être tenu pour responsable des changements fondamentaux intervenus dans le statut des prisonniers de guerre.  Les cruautés physiques se limitent surtout à l’instant de la capture par contre l’adversaire prisonnier est de plus en plus considéré comme un objet disponible pour mener une guerre de plus en plus totale.