Les fusillés pour l’exemple sont les soldats de l’infanterie française qui ont été condamnés à mort après décision d’une juridiction militaire dans un cadre légal par souci d’exemplarité visant à maintenir les troupes pour que tous soldats soient obéissants. Il y a eu beaucoup de soldats exécutés, 650, entre 1914 et 1915.  En 1914 et… Lire la suite »

Les fusillés pour l’exemple sont les soldats de l’infanterie française qui ont été condamnés à mort après décision d’une juridiction militaire dans un cadre légal par souci d’exemplarité visant à maintenir les troupes pour que tous soldats soient obéissants. Il y a eu beaucoup de soldats exécutés, 650, entre 1914 et 1915.  En 1914 et 1915, ils cherchaient à fuir l’enfer des tranchées. Certains soldats se mutilaient volontairement, d’autres désertaient, d’autres refusaient d’obéir et donc abandonnaient leur poste.

Pierre Gaston Lefèvre, engagé à 17 ans, fusillé à 19

Pierre Gaston Lefèvre est né le 4 juin 1897 à Morfontaine en Meurthe-et-Moselle. À la veille de la guerre, il exerce le métier de cantonnier. Le 7 août 1914, les Allemands prennent son père en otage et le fusillent. Son frère infirme avait été emmené, puis fusillé à son tour. Pour venger les siens, Gaston Lefèvre franchit les lignes ennemies et vient s’engager à la mairie de Mézières (Ardennes) le 14 août. N’ayant que 17 ans, il avait falsifié son âge pour pouvoir s’engager.

Blessé au printemps 1915, il est alors soigné à l’hôpital de Lyon.

Le 9 juin 1917, à la suite de la mutinerie de Mercin, il est condamné à la peine de mort par le Conseil de guerre de la 13e Division, pour « révolte par prise d’armes sans autorisation et agissements contre les ordres des chefs ».

Pierre Lefèvre est exécuté le 16 juin 1917 à Soissons. Il est aujourd’hui inhumé au cimetière militaire d’Ambleny.

Lettre de Pierre Gaston Lefèvre avant son exécution:

«Cher camarades,

Je vais être fusillé pour avoir pris part aux manifestations et aux actes d’indiscipline auquel se sont livrés, il y a quelques jours, un trop grand nombre de mes camarades (…) Je comprends la gravité d’une faute qui en affaiblissant le moral de l’armée, compromettait la victoire de la France. Je demande pardon à la patrie (…) Mais, en même temps, je demande à tous mes camarades de comprendre le sens de mon sacrifice, (…) Je les supplie tous de ne jamais plus se laisser entraîner à des actes d’indiscipline (…) Je leur demande aussi de penser aux malheureux qui pourraient être un jour condamnés comme moi parce qu’ils seraient laissés prendre une minute aux mensongères paroles de quelques mauvais français (…) Que mon sang versé dans de si effroyables conditions, serve à vous unir tous dans la même volonté de discipline et contribue (…) à la victoire de la France.

Adieu ! Vive la France ! Priez pour moi. De là-haut, je le ferai pour vous.

Lefèvre Pierre Gaston

Le 16 juin 1916»

Pierre Gaston Lefèvre

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« Le petit Lefèvre ? Vous me rappelez des heures que je n’oublierai jamais de ma vie. Je l’ai vu, cet enfant par les yeux de ma conscience.[…] J’ai dû le laisser exécuter. Je garde la douleur pour moi. » Paul Painlevé, ministre de la Guerre

 

La question de la réhabilitation pour ces fusillés se pose en fait ou à vrai dire. »actuellement en Europe « :

Tout d’abord, en Angleterre un pardon du gouvernement a été prononcé pour les fusillés avec la construction d’un mémorial inauguré le 21 juin 2001.

Shot at Dawn

 

Shot at dawn”Mémorial à Alrewas en Angleterre

En effet, le gouvernement britannique a annoncé un pardon global par voie législative pour les 306 soldats de son armée, exécutés pour l’exemple au cours de la Grande guerre. La réhabilitation des «fusillés à l’aube» est le résultat d’une intense campagne sur les terrains politiques et médiatiques. La procédure de pardon, utilisée pour acquitter des condamnés, s’apparente à une réhabilitation par le pardon, le condamné se trouve remis dans la situation antérieure à sa condamnation.

En France la question de la réhabilitation reste posée…

En novembre 1998 à Craonne, Lionel Jospin évoquait les «Fusillés pour l’exemple» mais faisait référence aux événements du Chemin des Dames, par conséquent aux mutineries. L’ Angleterre est au-delà de la «réintégration dans la mémoire nationale des fusillés pour l’exemple»

Les mots prononcés par Lionel Jospin le 5 novembre 1998 manifestent les regrets de l’État français, une forme de repentance mais ne constituent pas une réhabilitation pleine et entière des condamnés dans leurs droits antérieurs. Lionel Jospin, alors premier ministre, exprime son souhait que les soldats« fusillés pour l’exemple (…), victimes d’une discipline dont la rigueur n’avait d’égale que la dureté des combats(…), réintègrent aujourd’hui notre mémoire collective nationale ».Son discours n’est suivi d’aucun autre engagement ou acte officiel pour la mémoire des fusillés.

 Lionel Jospin rehabliter

untitledPierre Gaston Lefèvre

La veille du 11 novembre 2013, le Président de la République, François Hollande a annoncé les grandes lignes du programme du centenaire, en 2014, de la Première Guerre mondiale, il a consacré un bref passage de son intervention à la question des fusillés pour l’exemple. Après avoir rappelé la déclaration importante du premier ministre Lionel Jospin à Craonne en novembre 1998 et les propos tenus par le Président de la République Nicolas Sarkozy le 11 novembre 2008 à Douaumont, il a demandé au ministre de la défense qu’une place leur soit accordée au musée de l’Armée aux Invalides et que les dossiers des conseils de guerre soient numérisés et rendus disponibles.

Tout en prenant acte de ces annonces, la Ligue des droits de l’Homme estime qu’elles ne répondent pas à la demande de réhabilitation des victimes. Demande qu’elle a portée durant la guerre et dans la période qui l’a suivie et à laquelle les français sont majoritairement attachés comme l’a montré un récent sondage.

 

Elle estime que la réflexion sur ces questions doit être poursuivie, sur la base des travaux d’historiens et notamment du rapport du conseil scientifique de la Mission du centenaire présidé par l’historien Antoine Prost.

Antoine Prost a énuméré les différentes « solutions » possibles : « ne rien faire », « une réhabilitation générale » ou une « réhabilitation au cas par cas ». Il défend également la possibilité d’une « déclaration solennelle » qui, selon le rapport, « consisterait pour les pouvoirs publics à affirmer de façon très forte que beaucoup de fusillés, mais non pas tous, l’ont été dans des conditions précipitées, parfois arbitraires ».

 Antoine ProstAntoine Prost

Il y a quelques mois il s’est vu confier l’élaboration d’un rapport sur ce sujet.

Ce rapport a donc été remis le mardi 1er octobre 2013 à Kader Arif ministre de la Défense, chargé des Anciens Combattants.sans-titre

Kader Arif

 

Le chef de l’État François Hollande a annoncé que les soldats fusillés par la France lors du conflit de 1914-1918 seront intégrés au musée de l’Armée des Invalides ; un geste solennel plutôt qu’une franche réhabilitation.

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