Devenue mondiale en quelques semaines, la Guerre de 14-18 a bouleversé comme jamais la société. Le bruit de la guerre résonne partout, jusque dans la musique. Les chanteurs évoquent  les difficultés de leur quotidien, l’omniprésence de la mort et de la camaraderie. La musique est souvent une fête en temps de paix, dans les tranchées… Lire la suite »

Devenue mondiale en quelques semaines, la Guerre de 14-18 a bouleversé comme jamais la société. Le bruit de la guerre résonne partout, jusque dans la musique. Les chanteurs évoquent  les difficultés de leur quotidien, l’omniprésence de la mort et de la camaraderie. La musique est souvent une fête en temps de paix, dans les tranchées elle est un moyen de survivre. On utilise des instruments manufacturés artisanaux, fabriqués sur place avec les moyens du bord. L’accordéon  domine côté Allemand, les violons et les mandolines du côté Français.

  • La chanson de Craonne – 1917

La chanson de Craonne est une chanson contestataire, chantée par des soldats français durant la Première Guerre mondiale, entre 1915 et 1917. Elle est interdite par le commandement militaire qui la censure en raison de ses paroles antimilitaristes.Cette chanson traduit le quotidien des tranchées et les états d’âme des Poilus pendant les mutineries.

Paroles

Quand au bout d’huit jours, le r’pos terminé,
On va r’prendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c’est bien fini, on en a assez,
Personn’ ne veut plus marcher,
Et le cœur bien gros, comm’ dans un sanglot
On dit adieu aux civ’lots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s’en va là haut en baissant la tête.

Refrain
Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C’est à Craonne, sur le plateau,
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C’est nous les sacrifiés !

C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c’est pas la mêm’ chose.
Au lieu de s’cacher, tous ces embusqués,
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendr’ leurs biens, car nous n’avons rien,
Nous autr’s, les pauvr’s purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là.

Refrain

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r’lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu’un qui s’avance,
C’est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l’ombre, sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

Refrain

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront,
Car c’est pour eux qu’on crève.
Mais c’est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l’plateau,
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau !


  • La Toussaint Rouge – Marcelly – 1917

C’est une chanson patriotique enregistrée pour la Toussaint de 1917.

Paroles:

Allons, enfants de la Patrie
Soldats vainqueurs, héros dignes, sans vie
Gloire à vous tous, vous êtes morts, soldats
Salut à vous
Au-dessus de nos cathédrales
Dominons les sanglots et les râles
Écoutez le clairon des morts
C’est le glas des cloches françaises
On dirait, malgré leur effort
Qu’elles chantent une Marseillaise

Sur les cités et sur les champs
Écoutez les cloches qui sonnent
Entendez comme elles résonnent
Pour les morts et pour les vivants
Écoutez, c’est un chant de gloire
Qui passe au-dessus de vos fronts
Et conduit tous nos bataillons
Sous les ailes de la Victoire

Tremblez, tyrans et vous perfides
Qui croyez morts ces guerriers invincibles
De Rivoli, de Friedland, d’Arcole et de Valmy
S’ils sont morts, nous suivons leurs traces
Haut les cœurs, la légion passe
Regardez aux plis des drapeaux
Défiler l’histoire française
Écoutez passer en sabots
Les soldats de quatre-vingt-treize

Sur les cités et sur les champs
Écoutez les cloches qui sonnent
Entendez comme elles résonnent
Pour les morts et pour les vivants
Écoutez, c’est un chant de gloire
Qui passe au-dessus de vos fronts
Et conduit la grande Nation
Sous les ailes de la Victoire


  • Quand Madelon – Louis Bousquet/Camille Robert – 1914

« Quand Madelon » est certainement un des plus grands succès des tranchées de la Première Guerre Mondiale. La chanson doit surtout son succès au théâtre des armées où Bach l’interpréta devant des soldats en permission. Elle devient rapidement un chant militaire. La musique de la chanson fut d’abord une marche de fanfare. Elle parle de la misère sexuelle du soldat, son sentiment de séparation, et les remèdes proposés.

Paroles :

Pour le repos, le plaisir du militaire,
Il est là-bas à deux pas de la forêt
Une maison aux murs tout couverts de lierre

« Aux Tourlourous » c’est le nom du cabaret.
La servante est jeune et gentille,
Légère comme un papillon.
Comme son vin son œil pétille,
Nous l’appelons la Madelon
Nous en rêvons la nuit, nous y pensons le jour,
Ce n’est que Madelon mais pour nous c’est l’amour

Refrain:
Quand Madelon vient nous servir à boire
Sous la tonnelle on frôle son jupon
Et chacun lui raconte une histoire
Une histoire à sa façon
La Madelon pour nous n’est pas sévère
Quand on lui prend la taille ou le menton
Elle rit, c’est tout le mal qu’elle sait faire
Madelon, Madelon, Madelon !

Nous avons tous au pays une payse
Qui nous attend et que l’on épousera
Mais elle est loin, bien trop loin pour qu’on lui dise
Ce qu’on fera quand la classe rentrera
En comptant les jours on soupire
Et quand le temps nous semble long
Tout ce qu’on ne peut pas lui dire
On va le dire à Madelon
On l’embrasse dans les coins. Elle dit « veux-tu finir… »
On s’figure que c’est l’autre, ça nous fait bien plaisir.
(au Refrain)

Un caporal en képi de fantaisie
S’en fut trouver Madelon un beau matin
Et, fou d’amour, lui dit qu’elle était jolie
Et qu’il venait pour lui demander sa main
La Madelon, pas bête, en somme,
Lui répondit en souriant :
Et pourquoi prendrais-je un seul homme
Quand j’aime tout un régiment ?
Tes amis vont venir. Tu n’auras pas ma main
J’en ai bien trop besoin pour leur verser du vin
(au Refrain)


  • Ma p’tit mimi – Théodore Botrel- 1915

Cette chanson évoque la guerre avec humour et presque avec bonne humeur malgré les atrocités que les soldats ont vécu.

Paroles

« À la guerre
On n’peut guère
Trouver où placer son cœur
Et j’avais du vague à l’âme
De vivre ains
i sans p’tit’ femme
Quand l’aut’ semaine
J’eus la veine
D’être nommé mitrailleur
Ma mitrailleuse, ô bonheur
Devint
pour moi , l’âme sœur… »
Refrain
« Quand ell’ chante à sa manière
Taratata, taratata, taratatère
Ah que son refrain m’enchante
C’est comme un z-oiseau qui chante
Je l’appell’ la Glorieuse
Ma p’tit’ Mimi, ma p’tit’ Mimi, ma mitrailleuse
Rosalie me fait les doux yeux
Mais c’est ell’ que j’aim’ le mieux. »
« Plein d’adresse
Je la graisse
Je l’astique et la polis
De sa culasse jolie
À sa p’tit’ gueu-gueul’ chérie
Puis habile
J’la défile
Et tendrement je luis dis
« Jusqu’au bout, restons unis
Pour le salut du pays.
au Refrain
« Quand les Boches
Nous approchent
Nous commençons le concert
Après un bon démarrage
Nous précipitons le fauchage
Comm’des mouches
Je vous couche
Tous les soldats du kaiser
Le nez dans nos fils de fer
Ou les quatre fers en l’air. »
au Refrain
« Mais tout passe
Et tout lasse
Mêm’ la guerre et l’un d’ces jours
Ou bien l’un’ de ces années
Elle sera terminée
Alors vite l’on sequitte
Glorieuse ô mes amours
Nous devrons à notre tour
Nous séparer pour toujours. »
Refrain final
« Après un’ salve dernière
Taratata, taratata, taratatère
En te voyant rendormie
Je te dirai : « Chère amie
Fais dodo ma Glorieuse
Ma p’tit’ Mimi, ma p’tit’ Mimi, ma
mitrailleuse
Et tes pleurs mouilleront mes yeux
En te faisant mes adieux. »

Claude Debussy – Noël des enfants qui n’ont plus de maisons – 1915

Cette chanson est écrite et composée par Claude Debussy en décembre 1915.Cette oeuvre patriotique, véritable cri de colère contre les atrocités de la guerre, est la dernière chanson qu’il composera.

Paroles :

Nous n’avons plus de maisons !

 Les ennemis ont tout pris, tout pris, tout pris,

 Jusqu’à notre petit lit !

 Ils ont brûlé l’école et notre maître aussi,

 Ils ont brûlé l’église et monsieur Jésus-Christ,

 Et le vieux pauvre qui n’a pas pu s’en aller !

 Nous n’avons plus de maisons !

 Les ennemis ont tout pris, tout pris, tout pris,

 Jusqu’à notre petit lit !

 Bien sûr ! Papa est à la guerre,

 Pauvre maman est morte !

 Avant d’avoir vu tout ça.

 Qu’est-ce que l’on va faire ?

 Noël, petit Noël, n’allez pas chez eux, n’allez plus jamais chez eux, punissez-les !

 Vengez les enfants de France !

 Les petits Belges, les petits Serbes, et les petits Polonais aussi !

 Si nous en oublions, pardonnez-nous.

 Noël ! Noël ! Surtout, pas de joujoux,

 Tâchez de nous redonner le pain quotidien.

 Nous n’avons plus de maisons !

 Les ennemis ont tout pris, tout pris, tout pris.

 Jusqu’à notre petit lit !

 Ils ont brûlé l’école et notre maître aussi,

 Ils ont brûlé l’église et monsieur Jésus-Christ,

 Et le vieux pauvre qui n’a pas pu s’en aller !

 Noël ! Écoutez-nous, nous n’avons plus de petits sabots :

 Mais donnez la victoire aux enfants de France !


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Les plus grands auteurs écriront des chansons patriotiques, comme Vincent Scotto et son « cri du Poilu » (paroles et musique) repris ici sur une carte postale.