7 juin 1916 Après des bombardements incessant, les français capitulerons leur position au fort de Vaux, ce fort passe donc aux mains des allemands   Récit du commandant Raynal, commandant en chef du fort de Vaux en juin 1916 : « Les Français étaient rangés de chaque côté de l’allée centrale du fort ; les Allemands passaient au… Lire la suite »

7 juin 1916
Après des bombardements incessant, les français capitulerons leur position au fort de Vaux, ce fort passe donc aux mains des allemands

 

Récit du commandant Raynal, commandant en chef du fort de Vaux en juin 1916 : « Les Français étaient rangés de chaque côté de l’allée centrale du fort ; les Allemands passaient au milieu et les saluaient. Ils appartenaient au 39e régiment d’infanterie prussien. L’évacuation se fit par la brèche nord-ouest. Au pied des pentes du Fort de Vaux, la plaine marécageuse et les trous d’obus contenaient de l’eau. Tous se jetèrent sur cette eau pourtant pleine de vase… Le commandant Raynal fut conduit au Kronprinz : « Le Kronprinz est debout, il m’accueille avec une courtoisie très franche. Il n’est pas laid ; ce n’est pas le singe qu’on fait de lui les crayons qui l’ont caricaturé ; c’est un cavalier mince et souple, élégant et non sans grâce, qui n’a rien de la raideur boche. Le Kronprinz parle, il s’exprime avec facilité, dans un français assez pur. Il reconnaît et vante comme il sied la ténacité de nos hommes, leur admirable vaillance. « Admirable » : il répète plusieurs fois ce mot. Le Kronprinz me remet la copie du message par lequel notre général en chef envoyait ses félicitations au Fort de Vaux. Maintenant l’héritier du Kaiser arrive au geste noble :
– Désireux d’honorer votre vaillance, mon commandant, j’ai fait rechercher votre épée que je me dois de vous rendre ; malheureusement, on n’a pu la retrouver… Et pour cause, suis-je tenté de glisser : je n’ai eu pour toute arme personnelle que ma canne de blessé et mon revolver.
Il poursuit, en me présentant les coupe-choux d’un sapeur du génie :
– Je n’ai pu me procurer que cette arme modeste d’un simple soldat, et je vous prie de l’accepter.
Mon premier mouvement est de me hérisser ; mais le Kronprinz ne se moque pas de moi, c’est très sérieusement qu’il accomplit son geste, et comme l’effet ne lui en échappe pas, il insiste sur l’intention qui donne à ce geste sa véritable portée :
– L’arme est modeste, mais glorieuse, mon commandant, et j’y vois, comme dans l’épée la plus fière, le symbole de la valeur française…
Je ne peux plus refuser :
– Ainsi présenté, j’accepte cette arme et remercie Votre Altesse de l’hommage qu’elle rend à la grandeur de mes humbles camarades.
C’est tout, je salue militairement et m’en vais en emportant mon coupe-choux. Nous n’avons pas fait cent mètres que :
– Herr major, Son Altesse Impérial vous prie de revenir.
Je regagne le quartier général du Kronprinz. Comme je pénètre dans le bureau par une porte, il sort d’une autre pièce et vient à moi, tout épanoui : il tient une épée à deux mains, un sabre-épée d’officier français :
– J’ai trouvé, mon commandant. Je vous prie d’accepter cette arme plus digne de vous, en échange de celle que je vous ai offerte, à défaut d’une autre. »

Source : Jean Pierre Tubergue, Les 300 jours de Verdun.